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PLUS DE 100 ANS D'HISTOIRE

« Il est indubitable que cet endroit entouré des eaux de l’Ill et de l’Aar est le plus prestigieux qui puisse offrir le plan d’urbanisme de la ville nouvelle de Strasbourg. L’édifice, visible de toutes parts, n’est pas seulement le pôle d’intérêt de son environnement immédiat, mais encore le trait d’union entre la vieille ville et la nouvelle ».

Article du Deutsche Bauzeitung  datant du 8 janvier 1898

LE CONTEXTE DE SA CONSTRUCTION

Strasbourg est officiellement conquise par les Allemands le 28 septembre 1870. La ville est un enjeu majeur puisqu’elle devient la nouvelle capitale du nouveau Reichsland (Elsass-Lothringen – Alsace-Lorraine). Avec Metz, Strasbourg doit garder la frontière occidentale du nouvel Empire. Il est nécessaire de loger la garnison allemande qui vient de s’installer et il faut adapter et construire de nouvelles structures, religieuses notamment.

Les constructions sous l’Annexion ne s’apparentent pas seulement à l’affirmation du nouveau pouvoir en place : elles résultent d’une véritable nécessité puisqu’entre le 13 août et le 27 septembre 1870, la ville est assiégée, ce sont presque 200 000 obus qui la mettent en ruines. Dès 1880, les premières constructions voient le jour. Les bâtiments publics sont réunis autour d’une place : celle de la République et sont reliés aux bâtiments de l’université par l’axe impérial.

C’est la naissance de l’église protestante Saint-Paul et l’église catholique Saint Maurice. Ce sont deux églises de garnison spécialement construites pour accueillir le plus grand nombre dans le respect de la hiérarchie militaire.

Le 16 mai 1889, le ministère de la guerre lance ainsi un concours d’architecture avec un programme de construction précis ainsi qu’un règlement. Parmi les architectes, on trouvait entre autres Louis Müller et August Hartel, nommé en 1889 architecte de l’œuvre Notre Dame (Cathédrale de Strasbourg). Le projet de Müller finît par être retenu.

La première pierre a été posée le 8 octobre 1893 et l’église a été consacrée le 9 Mai 1897. Elle pouvait accueillir près de 3000 fidèles au total, dont 2000 places audibles aménagées dans les tribunes au-dessus de nous à l’étage.

LES RESTAURATIONS

L’église n’a pas seulement subi le temps mais aussi les faits historiques tels que les bombardements de 1944 qui ont détruit la chapelle et les vitraux du chœur et du transept nord.

À l’extérieur la pierre est fragile, en effet le grès des Vosges présente un problème commun à beaucoup d’édifices alsaciens : celui du délitement. La serrurerie et la menuiserie n’ont pas été épargnées non plus. La protection et la valorisation de cet édifice par le biais de la restauration étaient nécessaires. En effet, l’église est un témoignage exceptionnel du patrimoine de la Neustadt. Elle est classée Monument Historique depuis 1998.

Le foyer à l’arrière de l’édifice, construit en 1955 (et rénové en 2001), remplace la chapelle initiale qui a été détruite par les bombardements des Alliés en 1944. Une série de trois purges préventives a été programmé en 2005. Cette pratique a cependant fragilisé la structure. Une seconde évaluation sanitaire est entreprise en 2006, mais elle se limite à la restauration du massif occidental ainsi que de la façade occidentale.

 

C’est en 2007 que l’Association des Amis de l’Église Réformée Saint-Paul à Strasbourg naît et met en avant la nécessité de restaurer le massif oriental, la nef, le transept et le chœur également. Puisque l’église accueille un certain nombre d’évènements culturels, il est indispensable de la rendre sûre. Le chantier a eu lieu entre 2009 et 2014. Le parvis est rénové entre 2014 et 2015, il a été endommagé lors des travaux de rénovation par le passage de véhicules lourds.

Un nouveau projet de restauration est en cours. Il vise la mise en place d'un accès pour les personnes à mobilité réduite ainsi que la restauration de la toiture et des vitraux.

LA PAROISSE RÉFORMÉE DE LANGUE FRANÇAISE

Tandis que la construction de cet édifice est relativement récente avec 100 ans d’âge, l’histoire de la paroisse réformée de langue française qui s’y trouve actuellement remonte à bien plus longtemps. Strasbourg a été influencé par le message de Luther très tôt et la ville est passé à la Réforme dès 1524. Ce qui n’a pas été le cas de toutes les églises en France, ainsi de nombreux protestants furent accueillis dans ce lieu, où ils se regroupèrent autour de Jean Calvin.

Ce dernier avait établi une première paroisse française dès 1538, mais elle s’est heurtée à une intransigeance luthérienne grandissante. Elle fut contrainte de fermer ses portes après une exis­tence relativement éphémère qui ne dépassa pas un quart de siècle. 

La religion réformée de Calvin ne fera son retour qu’avec la tolérance du 18e siècle. En 1788, la construction d’un temple réformé, dans la rue du Bouclier, fut ainsi autorisée. À peine ouvert au Culte au début de la révolution, l'édifice devint, sous la période de la Terreur (période violente de la Révolution française), le siège du Club des jacobins (assemblée, club le plus célèbre de la révolution). Il retrouvera en 1795 sa mission principale qu'il conserve toujours.

Enfin, une nouvelle paroisse réformée de langue française, celle de Saint-Paul, vit le jour après 1918, à l’issue de la première guerre mondiale, marquée par le retour de l'Alsace à la France. L'église de garnison alle­mande fut cédée à l'Église Réfor­mée d'Alsace et de Lorraine, afin d'y installer une paroisse spécifiquement francophone.

L'INTÉRIEUR DE L'ÉGLISE

L’église abrite deux orgues. Au-dessus de l’entrée de l’église, se trouve le grand Orgue construit en 1897 par E.F. Walcker de Ludwigsburg. Il a été modifié à plusieurs reprises. Il a été classé monument historique et fut restauré en 1993, il est le plus grand orgue symphonique d’Alsace.

 

Un autre orgue, dit de chœur, se trouve dans la loge impériale, construit par le facteur d’orgue franc-comtois Marc Garnier a été installé dans l’ancienne loge impériale en 1976. Il a été fabriqué sur le modèle des orgues de la haute Allemagne de la fin du XVIIe siècle.  Il a été conçu spécia­lement pour accompagner les cho­rals et les psaumes et interpréter la musique antique des 16e et 17e siècles.

Les vitraux des parties orientales sont détruits lors des bombardements américains de 1944 - de même qu'une chapelle annexe -, excepté dans la partie sud où sont représentés les blasons des anciens Länder (territoires) de l'empire allemand. Sur 28, il en reste 7. Éric de Saussure, de la communauté de Taizé, est l'auteur de cinq nouveaux vitraux figuratifs, installés dans le chœur par le maître verrier Werlé de Haguenau en 1954.